Le « graff » veut être accepté sans se renier

Des graffeurs expliquent leur démarche, qui se dit respectueuse mais libre

 

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Si votre enfant, de retour de l'Espace jeunes de Cognac, vous dit qu'il a vu un éléphant rose, ne vous alarmez pas des méthodes pédagogiques qui ont cours place de la Salle-Verte. L'animal fait partie du bestiaire coloré né samedi sous les bombes de peintures de Mathieu Perronno, alias Perro, épaulé par les animateurs et une quinzaine de jeunes.

Le projet a été monté en quelques semaines avec le soutien de laVille et d'ERDF. L'entreprise d'électricité utilise ce biais pour offrir un nouveau jour à ses transformateurs. Ceux du Champ-de-Foire et d'Elisée-Mousnier viennent ainsi d'hériter de fresques dont les modèles avaient été choisis par les conseils de quartier.

Un encadrement impossible

À l'Espace jeunes, Mathieu Perronno avait carte blanche. Sans l'avoir prémédité, il est devenu le visage officiel du « graff » à Cognac. Le maire Michel Gourinchas, qui se montre ouvert à cette pratique, s'appuie sur cet ambassadeur malgré lui. « Je suis contre les tags (NDLR, des sortes de signatures stylisées), de la bouillie produit sur les murs. Les graffs, en revanche, c'est un truc artistique. On a la chance d'avoir un artiste, Mathieu Perronno, qui explique la démarche et encadre les jeunes », note-t-il.

À la demande du conseil de quartier de Crouin, la Ville a accepté un projet de fresque sur les piles du pont du boulevard des Borderies. Mais l'élu reste attaché à ce que des demandes d'autorisation soient faites par les graffeurs qui ont des vues sur les murs de Cognac. Cette volonté d'encadrement se heurte à l'état d'esprit même du graff, qui prône une liberté (plus ou moins) respectueuse. « On n'est pas des vandales. Ce n'est pas une dégradation. On intervient dans des lieux innocupés. Moi, j'ai appris dans des friches industrielles. C'est un exutoire », souligne Mathieu Perronno.

À Cognac, la petite communauté, une dizaine de réguliers, se retrouve sur le parking aérien de l'immeuble Casa, place François-Ier. Une présence tolérée. « La police a autre chose à faire. Mais il ne faut pas qu'ils se mettent en danger ou aillent dans un endroit interdit », réagit Michel Gourinchas. Mathieu Perronno constate une évolution lente des mentalités. Les fresques des transformateurs ont généré des échanges avec les riverains, pour des avis au final plutôt positifs. En revanche, les tags qui s'invitent sur des abribus ou des murs restent vus comme une pollution.

Une recherche artistique

« Le tag, c'est l'origine du graffiti. Moi, j'apprécie certains tags, parce qu'il y a une vraie recherche artistique, malgré ce que l'on peut penser. Mais je n'approuve pas que l'on aille vandaliser un bien public ou privé. Cela nuit à l'ensemble de la pratique. En général, ceux qui portent une vraie recherche ne le font pas gratuitement. Il y a des petites nuances super importantes », juge Mathieu Perronno.

Le « street art » de Mister Paper, qui a semé ces derniers mois une demi-douzaine de personnages collés dans des recoins de la ville, est de cet ordre. « C'est un collage, il n'y a pas de dégradation », pointe Mathieu Perronno. L'auteur, qui cultive son anonymat, nous a confié par son biais ce message.

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« Des heures de préparation en atelier, de réflexion et de création pour finalement offrir son art au grand public, voilà ce que représente le street art. Arracher un sourire à la ménagère dans sa routine quotidienne, donner un petit éclat dans les yeux d'un enfant et mettre en avant encore une fois sa liberté d'expression. La prise de risque face à la loi, pour une production éphémère dans l'espoir que celle-ci ouvre une fenêtre sur un art qui s'offre au public sans aucune limite. Le "street artist'' troque une partie de vos rêves contre une touche de son art. »

Philippe Menard